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Promenons-nous dans les bois

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En voiture, à pied, à vélo ou à cheval, vous pourriez bien faire une étrange rencontre lors de votre promenade dans les bois de Belgique. Mais pas avec un loup (quoique). Des voitures et des camionnettes stationnées en file le long d’un terrain privé, des individus revêtant des uniformes militaires, des protections de combat et sortant des armes de leurs coffres. Non, ce n’est pas la préparation d’une invasion des Flamands en Wallonie (ou l’inverse). Ce sont simplement des joueurs d’airsoft qui passent leur dimanche à s’amuser dans la nature.

Airsoft, qu’est-ce que c’est?

Relativement peu connu du public, l’airsoft est un sport tout droit venu du Japon. Comme en Paintball (son cousin plus connu), son principe consiste à opposer des joueurs sur un terrain où ils se tirent dessus avec des répliques. Certains y voient une activité dangereuse et de mauvais goût mais les rires lors des réunions de clubs font plutôt penser à des enfants jouant aux cow-boys et aux indiens. Les règles sont données par l’organisateur, parfois aidé d’un arbitre. Chaque participant achète ou emprunte de quoi jouer aux parties, explosant parfois le budget loisir: une réplique (reproduction d’une arme à feu fonctionnant avec un moteur électrique ou avec du gaz), des billes en plastique (biodégradables le plus souvent), une tenue de camouflage (ou un uniforme pour les parties de passionnés d’Histoire), des protections (obligatoires pour les yeux, souvent pour le visage entier) et quelques snacks pour tenir (des barres chocolatées ou des tartines faites par une maman attentionnée).

 

Quelles limites?

Les habitués et organisateurs connaissent la mauvaise image que peut renvoyer l’airsoft. Ils font dès lors encore plus attention à ne pas effrayer les voisins (comme ce fermier qui rouspète sur les jeunes qu’il voit défiler tous les week-ends). Pas questions de s’habiller en soldat ou de sortir les répliques avant d’arriver sur le terrain privé, tout s’effectue sur place ou au domicile. Une machine (chrony) sert également à calculer la puissance des répliques afin qu’elles ne tirent pas trop fort (pour éviter des blessures et imposer un standard de compétition). Au niveau des terrains, il est évidemment interdit de jouer sur des lieux publics. Ce que certains adolescents ne comprennent pas toujours vu que les répliques sont souvent vendues illégalement à des mineurs. Les transformations du terrain de jeu nécessitent également des demandes officielles en urbanisme. Les employés communaux doivent donc parfois approuver des travaux pour construire… des tranchées et des bunkers!

Des magasins bien cachés

Il ne faut pas plus de cinq minutes pour trouver une boutique belge ou un magasin en ligne qui permet d’acheter des répliques et du matériel d’airsoft. Bien connues des habitués, les bonnes adresses demandent par contre un peu plus de temps. Pour s’y rendre, en général en dehors des grandes agglomérations mais également pour les trouver. Le GPS indique un entrepôt derrière la gare de Mons, une simple pancarte indique que c’est le bon endroit et il faut sonner puis se faire identifier par une caméra de sécurité avant d’entrer. Et de découvrir un arsenal qui ferait rougir Rambo. Plus loin, en direction de Tournai, c’est en passant dans le garage d’un particulier que l’on retrouve les stocks dans un bureau aménagé dans la cave de cet ancien armurier de la police. Il effectue des voyages toute l’année jusqu’en Chine pour acheter des répliques directement dans les usines. Son ancienne expérience professionnelle lui permet de réparer ou modifier les répliques pour ses clients. En plus des répliques, les boutiques vendent aussi des billes, des protections et du matériel militaire (comme dans les stocks américains, des magasins de revente de matériel de l’armée que l’on retrouve un peu partout en Belgique). Des lunettes de vision nocturne? Ils ont ça en stock, le modèle russe étant beaucoup moins cher que le matériel des marines américains (mais le vendeur nous glisse que c’est aussi parce que la qualité n’est pas au rendez-vous).

 

Entre flou juridique et activité légale

Les répliques, anciennement catégorisées en armes de chasse, sont désormais classées dans les armes à gaz ou électrique à répétition par la loi belge (depuis 2006). L’activité de l’airsoft n’est pas reconnue par le gouvernement ou par les Communautés (qui refusent fermement d’y voir une activité de loisir ou un sport), ce qui implique un certain flou juridique concernant les parties d’airsoft ou les répliques. Ainsi, c’est la loi du 29 juillet 1934 sur les milices privées qui interdit aux pratiquants de l’airsoft d’exhiber leurs répliques dans des lieux publics. Mais la situation est parfois encore plus illogique, comme aux USA où les répliques doivent impérativement posséder un canon rouge vif (comme sur les jouets) alors que les citoyens américains peuvent se promener dans la rue avec de vraies armes…

Le flou juridique profite malheureusement uniquement aux truands. Pourquoi acheter via des filières illégales des armes de guerre et du matériel pour commettre des vols avec violence ou des braquages alors que les répliques d’airsoft font illusion pour moins cher et via des magasins légaux? Mais les politiques semblent ignorer cet état de fait, résultat de leur inaction, alors que la presse s’interroge encore sur des faits divers où les assaillants, vêtus de camouflage et armés jusqu’aux dents semblent s’évaporer dans la nature… La police semble mieux informée mais nous vous en parlerons dans la suite de ce sujet!


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